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Ce n'est pas sans une certaine appréhension que je me propose de vous soumettre quelques réflexions sur le processus de la création littéraire. Mais pour me soulager d'une partie de mes scrupules, je vous dirai tout de suite que je partage l'avis de Francis Pasche sur ce sujet, tel qu'il l'a exprimé récemment, lors du colloque introduit par le travail de Gérard Mendel. En d'autres termes, je crois moi aussi que l'investigation psychanalytique ne peut pas toucher l'essence même de la sublimation artistique; que les problèmes du don, du talent, du génie, etc., échappent à notre discipline, comme selon moi à toute autre, fût-ce celle de l'esthétique classique. Je me bornerai donc à soulever devant vous quelques questions qui me paraissent dignes d'examen et peut-être même susceptibles d'être éclairées en partie.
Mais, direz-vous, pourquoi revenir à un sujet aussi épineux si nous ne pouvons contribuer à l'élucider pleinement? Tout simplement parce qu'il excite à juste titre la curiosité, et, surtout, parce que nous ne pouvons méconnaître le rôle important qu'il joue fréquemment dans les cures. Il me semble, en effet, que depuis l'époque où Freud exprimait à Pfister (2) son scepticisme sur les chances de l'issue sublimatoire précisément, les choses ont beaucoup changé. Il y a partout, dans presque tous les milieux, des gens qui écrivent, qui entrent d'une manière ou d'une autre dans le circuit de la production dite artistique et qui, par surcroît, ont des moyens de publier ce qu'ils font. D'où les cas fréquents où nous sommes confrontés dans nos cures avec le désir plus ou moins velléitaire d'écrire, l'échec plus ou moins grave d'une vocation, des inhibitions passagères, ou encore l'apparition tout à fait inattendue, au cours de l'analyse, d'une activité littéraire authentique. Je note d'ailleurs que, tandis qu'une partie du public garde ce préjugé