You do not currently have permission to view the full text for this document. Please sign in to an account with an active subscription or contact support.
Nous appelons dépression une dysphorie spécifique de tonalité particulière. Nous en entreprenons ici l'étude en portant notre attention tout d'abord sur la nature même de cet affect. Or la tonalité spécifique de la dépression est pour ainsi dire impossible à saisir et résiste à toute description quelle que soit sa richesse verbale ou sa finesse littéraire, voire philosophique (phénoménologique, existentialiste ou autre). En fait, seuls peuvent appréhender la qualité spécifique de cet affect ceux qui ont personnellement expérimenté ce vécu ineffable, ne serait-ce que d'une manière passagère.
Pour commencer nos investigations, nous pourrions cependant tenter d'utiliser une voie d'approche indirecte en comparant la dépression à l'angoisse. L'angoisse est vécue, en effet, comme une réaction de défense devant un danger vital alors que dans la dépression c'est, au contraire, la vie même qui devient source de malaise. Or, si l'angoisse exprime cette crainte pour la vie, crainte paroxystique, ceci prouve que l'angoissé investit la vie, il l'investit même au maximum, alors que dans la dépression, c'est cet investissement qui est vécu comme diminué ou même semble — dans les cas extrêmes — faire quasiment défaut: « La vie ne vaut plus la peine d'être vécue. » La question de l'investissement, de l'investissement narcissique, semble donc offrir un point de départ favorable pour amorcer notre exposé.
Depuis Freud (2) [9] (mais déjà Esquirol parlait de « l'estime de soi ») et Abraham (3) [1] [2], toutes les études sur la dépression insistent sur l'importance de ce facteur. Ainsi Rado [28] et Fenichel [7], mais