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En 1920 Freud a écrit un article intitulé La psychogenèse d'un cas d'homosexualité féminine. Pour introduire notre colloque ce soir, je voudrais prendre ce travail de Freud comme point de départ. Je passerai ensuite à mes propres considérations fondées sur certaines observations cliniques. Pour conclure, enfin, j'espère pouvoir vous soumettre quelques notions concernant l'homosexualité féminine, sa structure et son économie psychique.
De l'anamnèse du cas de Freud je voudrais vous rappeler quelques détails seulement, étant donné qu'il vous est familier à tous. L'événement qui amena les parents de la jeune patiente chez le psychiatre fut sa tentative de suicide. Freud reconstruit la genèse de l'affection et montre comment la jeune fille, après un Œdipe normal à l'âge habituel, a fini par renoncer à son amour pour son père au moment même où elle désirait inconsciemment recevoir un enfant de lui. Cette période coïncide avec une grossesse de la mère. C'est donc elle, rivale inconsciemment haïe, qui donnera naissance à l'enfant que la fillette désirait. A la suite de cet événement, la jeune fille, pour reprendre l'expression de Freud, « se change en homme », et dès lors s'attache, avec toute la dévotion amoureuse d'un jeune homme, à des femmes plus âgées qu'elle. Au début de son analyse, elle éprouve un vif attrait pour une femme de bonne famille, mais de moralité douteuse, affection que son père désapprouve vivement. Elle s'arrange néanmoins pour être vue par son père en compagnie de la dame de ses pensées. Le regard de haine que son père lui jette alors, signifie pour la fille: « Tu ne t'attacheras pas à cette femme. » Mais pour son inconscient ce regard veut dire — ainsi que Freud le démontre: « Tu ne me posséderas pas ! »