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Dans le peu de temps qui m'est départi, je ne puis qu'indiquer quelques aspects de la vie de Freud qui ont pu le guider dans l'élaboration de sa théorie sur le narcissisme.
Aussi me limiterai-je à deux aspects: 1° Les raisons personnelles pour lesquelles Freud dans son auto-analyse a été conduit à attacher une importance particulière au narcissisme;
2° L'entrelacement de nécessités psychiques et théoriques qui l'ont conduit à développer la théorie du narcissisme telle qu'elle se dégage de l'article de 1914 et des écrits qui le suivent immédiatement.
Je m'excuse des éléments spéculatifs qui, forcément, entrent dans un travail de ce genre, mais j'espère qu'ils permettront une discussion.
Rappelons que si nous devons procéder essentiellement par déductions hypothétiques, c'est que Freud a à deux reprises (en 1884 avant son mariage et en 1907 lors de son déménagement) brûlé tous les documents personnels qu'il avait — soit des lettres, des fragments de journaux, son auto-analyse.
Nous savons aussi avec quelle réticence il a accepté que Marie Bonaparte rachète les lettres adressées à Fliess, lettres qui concernaient une époque où il s'était mal dégagé de ses éléments névrotiques. Bernfeld a montré que plusieurs articles, comme le souvenir écran, sont autobiographiques, mais Freud avait pris grand soin de voiler qu'il s'agissait de ses propres souvenirs.
Je voudrais commencer par situer trois périodes de la vie de Freud qui, par leurs contrastes, nous forcent à réfléchir sur l'évolution de sa personnalité. En psychanalyse, il serait naturel de commencer par sa petite enfance, mais nous n'avons que trop peu de matériel sur cette période et nous ne pouvons y faire allusion qu'en passant.