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Les psychanalystes s'intéressant à la psychosomatique ont souvent le sentiment d'être des gens à part. Que cette impression se fasse jour vis-à-vis de praticiens non analystes s'adressant, dans leur optique propre au même sujet, il n'y a rien d'étonnant, mais que ce sentiment soit tout autant vécu en compagnie de psychanalystes, exprime sans doute quelque chose qui mérite à son tour d'être analysé. Cette constatation nous mène tout droit à notre sujet d'aujourd'hui, le narcissisme.
En effet, dans la mesure où les psychosomaticiens ont l'impression d'avoir, au sein de leur groupe, un arrière-goût de corps étranger, leur présence contrarie l'investissement libidinal soudant le groupe. Il s'agit d'un de ces moments où quelque chose de nouveau s'éveille dans la masse, qui ne rencontre pas encore une représentation dans la figure idéale commune par laquelle le groupe trouve son ciment.
Si l'Idéal du Moi des psychanalystes se représente tout naturellement dans la majestueuse figure de l'homme qui a créé de toute pièce la psychanalyse, les psychanalystes doivent également avoir le culte de l'inconscient. Il existe un vertige narcissique incontestable à se sentir apte à faire écho, à laisser refléter dans le miroir que nous sommes les multiples facettes de cet inconscient à la fois indomptable et répétitif. Sa façon de se manifester dans le Moi, de créer des rêves, des symptômes, de s'imprimer dans le caractère, d'échapper à la réalité dans des constructions délirantes, place sans arrêt le psychanalyste dans une situation où son narcissisme trouve d'incontestables satisfactions. Nous parlons des psychanalystes qui ont conservé un Idéal du Moi valable et non de ceux qui, cédant à la pression sociale, se laissent entraîner dans le courant qui mène à la destruction de l'inconscient, à travers l'attaque aveugle des manifestations symptomatiques. Lorsque à l'intérêt porté à la libération des potentialités contenues dans le Ça, se substitue la