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La vie mentale suppose une activité psychique de représentation. Celle-ci, comme viennent de nous le rappeler Marty et Fain, naît des frustrations et se développe à partir des zones érogènes. Au point de vue du narcissisme, deux situations extrêmes peuvent se produire: 1) Il y a un excès de frustration (hospitalisme, expériences de déprivation sensorielle citées par Bénassy…), les zones érogènes sont alors isolées et surinvesties, l'union des auto-érotismes, correspondant à l'une des définitions freudiennes du stade narcissique, ne se fait pas, ni l'objet ni le Soi ne sont investis en tant que tels; 2) Il n'y a pas assez de frustrations, la satisfaction trop constante des besoins s'oppose à l'activité mentale de compensation à partir des zones érogènes et par suite à l'établissement des mécanismes d'introjection et de projection qui fondent à la fois le Moi et la relation objectale.
En pratique, frustrations et gratifications sont généralement moyennes; et la satisfaction des besoins qui ne peuvent se satisfaire auto-érotiquement intervient d'une manière discontinue. Moi psychique et objet sont fondés quand une représentation continue du second (indépendamment de ses apparitions et de ses disparitions) existe à l'intérieur du premier. Ceci n'est sans doute qu'une vérité première, elle me paraît confirmée par les échanges de ce colloque. Dans ces conditions, l'investissement narcissique du Moi peut-il se concevoir séparément de celui des objets qui concourent ou qui ont concouru à sa constitution (objets internes) ? Peser l'équilibre narcissique, c'est-à-dire l'équilibre libido narcissique/libido objectale, reviendrait alors schématiquement à peser l'équilibre libido attachée aux objets internes/libido attachée aux objets externes; et la qualité de cet équilibre, garant de la santé mentale, dépendrait à la fois de la qualité des objets internes, c'est-à-dire des conditions de leur internalisation, et du choix des objets externes, ce deuxième facteur dépendant lui-même