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Schreber, le malade mental qu'aucun psychanalyste n'a jamais approché, est le plus connu de nous tous. Ce que nous savons de lui depuis Freud tend à servir de base commune à l'édification de la théorie psychanalytique du délire ; inversement, il ne s'est guère élaboré de vue nouvelle sur la psychose qui n'ait été présentée sur le terrain du cas Schreber, sorte de place publique des discussions sur la paranoïa.
On peut quand même s'étonner de la fréquence avec laquelle le nom de Schreber revient soit dans les textes psychanalytiques, soit dans les sommaires des revues de psychanalyse, surtout depuis une quinzaine d'années : belle réussite, en vérité, bien que posthume, pour un délirant mégalomaniaque. La raison en est que le malade, par les Mémoires qu'il a écrits, et que leur récente traduction anglaise a mis à la portée de plus nombreux lecteurs, a offert à tous les chercheurs un matériel commun (telle est d'ailleurs l'opinion de Macalpine et Hunter, traducteurs en anglais du texte des Mémoires) (1955). D'autre part, Schreber est un beau cas.
Toutefois, les beaux cas ne font pas toujours la meilleure littérature ; d'autre part, nous ne sommes plus convaincus, comme Freud l'était, qu'un paranoïaque ne disant de toute façon que ce qu'il veut bien dire, une psychanalyse ne saurait mieux faire que la lecture de Mémoires bien écrits.
En fait le cas de Schreber est le seul sur lequel chacun peut se mesurer à Freud en partant des mêmes données que lui et sans risquer de lui dérober son bien ; cette rare occasion de rivalité œdipienne donne peut-être une clé inconsciente de l'attrait qu'exerce le cas Schreber (1).