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L'étrange histoire de la paranoïa est celle d'un défi, jeté, comme au psychiatre, au psychanalyste. Avant tout c'est le défi de soigner les paranoïaques et de les changer. La première image qui vous vient à l'esprit du paranoïaque est celle de l'inébranlable rigidité, de l'armature métallique, aux écrous et contre-écrous serrés à bloc.
Il n'est effectivement rien qui se laisse aussi malaisément traverser que la barrière paranoïaque, rien d'ailleurs qui s'y prête moins. L'inébranlabilité des convictions paranoïaques s'est élevée en psychiatrie au rang de critère diagnostic. Freud même a enseigné que la paranoïa peut se démonter, mais de loin, et point en fait se modifier ; si bien que nous, psychanalystes, travaillant à la paranoïa, quand nous effectuons notre immanquable pèlerinage au cas Schreber, nous venons admirer un monument. Le paranoïaque est celui par qui nous sommes avec le plus grand acharnement poussés dans le rôle auquel il nous répugne le plus d'être réduits : celui d'experts et gardiens de l'ordre public.
Ce n'est point, en effet, que les paranoïaques se laissent pénétrer. Défense, assurément, contre l'homosexualité inconsciente, ainsi que nous l'entendons depuis Freud ; mais encore cette défense et cette