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Le livre que W. R. Bion a écrit sur les groupes est un livre difficile. Non pas dans son style: le non-initié aux techniques de groupe pourrait s'étonner, au contraire, de l'apparente « simplicité » de l'introduction, puis de l'absence de formalisme du développement, de la familiarité du propos, et se demander pourquoi un savant réputé éprouve le besoin d'écrire comme à bâtons rompus. L'initié, lui, sait de quoi il retourne. Si ce n'est pour lui que le livre est écrit, c'est peut-être surtout par lui qu'il est lisible. En un sens, c'est le genre d'ouvrage qu'il n'a jamais, lui, osé écrire. C'est dire à quel point le livre de Bion est courageux. L'auteur y tente, sans se reposer d'emblée sur la belle ordonnance d'une théorisation, et ses sécurités, une expression de l'indicible, une verbalisation de ce qui se donne d'abord comme des quantités d'affects et, dans le langage, comme mouvement. Bion est conscient, ce faisant, de tout ce qui est perdu ou banalisé lorsqu'on prétend rapporter des séances de groupe en dehors de l'inspiration du moment, loin du corps à corps d'une pratique où l'acting est toléré, où le thérapeute est engagé (pire: exposé), où l'on travaille sans détour… Toutes ces réserves et plus, Bion les fait. Il n'en écrit pas moins, passant outre aux objections qui surgissent lorsqu'il s'agit de la transmissibilité par voie de plume de toute expérience dans sa qualité (de l'expérience psychanalytique aussi bien d'ailleurs…). Mais rien ne s'arrange lorsqu'il s'agit des groupes. Un rapport psychanalytique peut garder une valeur suggestive certaine par son atmosphère d'inquiétante étrangeté; tandis qu'un groupe, tout le monde croit savoir ce que c'est dans la normalité de la vie quotidienne. D'où l'apparence de « forcé » ou d' « affligeant » que prend le compte rendu des groupes. Au mieux, comme le dit Bion, l'auteur passera pour un interprétant.
Mais ce n'est pas là qu'est la difficulté pour le praticien des groupes qui reconnaîtra une fidélité phénoménologi