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Après l'extraordinaire rapport que nous a présenté hier le Dr Spitz et qui repose sur une longue expérience et une observation tellement approfondie du jeune enfant, j'éprouve une gêne certaine à aborder un domaine où je ne puis apporter que quelques réflexions.
Loin de vouloir mettre en doute la valeur des concepts qui fondent la psychanalyse génétique, si clairement, si intelligemment définis par E. et J. Kestemberg, je m'inquiéterais plutôt de la conviction, de l'adhésion qu'ils entraînent et cela pour trois raisons essentiellement.
1° E. et J. Kestemberg prennent bien soin de nous préciser que « la reconstitution clinique des faits à partir des dires du patient est influencée par la situation transférentielle, le moment de la cure, etc. Ce que nous en tirons ce n'est pas une connaissance des faits eux-mêmes, mais bien de la manière dont le patient a, à ce moment donné, besoin de nous les communiquer… ». Cependant et spécialement en psychanalyse d'enfants où l'environnement est le plus souvent connu, notre contre-attitude, sinon notre contre-transfert, risque d'être infléchi, gauchi, par des hypothèses pathogéniques que notre adhésion sans réserve à la psychanalyse génétique risque de transformer en convictions peut-être dans certains cas, dangereuses, peut-être parfois utiles, mais peu compatibles avec l'attitude psychanalytique.
2° Le vécu humain des premières semaines de la vie est inconnaissable. L'observation directe ne fournit rien d'autre que des hypothèses dont la psychanalyse plus tardive ne peut confirmer les données, puisque la relation psychanalytique s'étale tout entière dans le domaine
mental des représentations, domaine dont le nourrisson ne dispose pas encore pour son propre compte et que l'adulte, parent ou observateur, ne peut lui prêter qu'en se projetant.
3° L'adhérence à une conviction, fût-elle indiscutable et utile dans ses conséquences, risque d'être limitative et, en l'occurrence, de nous cacher certai