You do not currently have permission to view the full text for this document. Please sign in to an account with an active subscription or contact support.
Ma contribution sera limitée. Je voudrais apporter un peu d'eau au moulin d'Evelyne et Jean Kestemberg en évoquant la nature auto-érotique de l'illusion, d'une illusion entée sur le fonctionnement du « Soi ». On croira que je plaisante en présentant l'illusion comme un concept psychanalytique. Au demeurant, pourquoi pas, s'il s'agit de l'ironie intempestive qui empreint ces deux aphorismes nietzschéens : « La vie a besoin d'illusions, c'est-à-dire d'erreurs prises pour des vérités » et « Renoncer à des jugements faux, ce serait renoncer à la vie ». Mais il s'agira d'une illusion qui signifie, et vaut son pesant de symbole.
Freud, qui médita La philosophie du comme si, définit comme illusion la croyance dans laquelle domine la réalisation du désir (Avenir d'une illusion). Et puis assez récemment Winnicott, dans sa pénétrante étude sur les objets transitionnels, attribue un effet structurant à certaines expériences d'illusions indispensables à la psychogenèse, et qui se prolongent dans le vécu culturel jusqu'à en faire partie intégrante, par exemple sous forme de sublimations.
En accord avec cette conception, l'on peut considérer comme des illusions structurantes les croyances et modes représentatifs passagers produits à chaque étape du développement, en sorte qu'une partie du sentiment de réalité relatif à chaque palier ressort comme illusoire lors de son dépassement. Il paraît dès lors légitime de ne pas seulement considérer l'illusoire comme un aspect banal coextensif à toute distorsion par refoulement et par élaboration consciente, mais encore, plus spécifiquement, comme une condition paradoxalement positive dans l'acquisition de toute nouvelle expérience.
L'illusion de rationalité en représente une variété tout à fait courante, de même que l'impression d'aller de soi particulière au sens-commun. L'illusion ne deviendrait superflue que dans l'hypothèse utopique d'une acceptation totale de la réalité — c'est-à-dire en cas de disparition des dérivés de la réalisation h