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Il y a plus de dix ans que nous avons relaté pour la première fois nos observations psychologiques sur des Africains. C'était une première tentative. Au cours de nos voyages d'études en Afrique nous avons compris que nous devrions approfondir nos observations si nous voulions comprendre quoi que ce soit de la structure psychique des Africains. Nous nous sommes dit qu'il fallait trouver les moyens de les analyser pendant un certain temps : on verrait bien ce qui en résulterait. En réalisant notre projet nous avons trouvé un groupe ethnique bien déterminé qui a conservé en grande partie ses traditions sociales et culturelles africaines : les Dogons du Mali. Nos études préliminaires du peuple Dogon se sont basées sur les publications ethnologiques et sociologiques de Marcel Griaule et de son école. En 1960 nous sommes allés au pays Dogon et nous avons appliqué la technique psychanalytique à un nombre restreint de personnes adultes, apparaissant normales et bien adaptées dans leur société. La technique psychanalytique nous a servi d'instrument d'investigation ethnopsychologique.
Le but principal de notre recherche était de découvrir les données psychodynamiques et structurales du Moi de nos analysés. L'étude intensive d'une personne nous a semblé plus fructueuse que l'étude extensive du peuple Dogon ou de la personnalité ouest-africaine tout court. Dans ce domaine, la généralisation est aisée. La spéculation est facile. Toujours est-il que la déduction d'un concept psychologique d'une sorte de basic personality dogon ou africaine n'a pas de valeur scientifique, tant que la structure et les fonctions du Moi de l'individu n'ont pas été étudiées et clarifiées à fond.
Nous sommes loin de là. Si nous nous proposons aujourd'hui d'aborder le problème de la genèse du Moi en partant de nos observations psychanalytiques chez les Dogons, que nous avons étudiés, nous nous voyons confrontés avec des difficultés incontestables. Il est évident que la question de la formation du Moi ne p