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Il est légitime de refuser de croire que le sujet n'est que l'axe virtuel des instincts, et que le monde extérieur n'est que l'écran virtuel sur quoi s'étalent ou rebondissent de simples productions imagées de ces mêmes instincts. Et puisque le sujet est affecté par le monde extérieur et s'y adapte, puisqu'il s'identifie, il est tout aussi légitime de s'efforcer de rendre compte de ces impacts, de ces inductions, de ces ripostes et de ces aménagements. Ceci impose de prendre en considération la fonction perceptive que le concept d'instinct n'inclut pas, et l'activité orientée et contrôlée que l'on ne peut réduire à aucun des instincts pris isolément. Voilà nous semble-t-il le propos de H. Hartmann, il est bien dans la ligne de la recherche freudienne. Chercher à donner corps au concept de Moi en détaillant sa structure et, corrélativement, reconnaître la consistance du monde extérieur et ses effets sur l'évolution de ce Moi, est donc une entreprise dont le principe est louable. La réalité n'est certes pas tout entière dans la combinaison d'instincts aveugles et anonymes fonctionnant en circuit fermé ou presque.
Nous nous proposons d'examiner si ce but est atteint, et, comme Hartmann se réclame expressément de Freud, s'appuie sur certains de ses textes et présente ses travaux comme un approfondissement des études freudiennes sur le Moi, examinons tout d'abord s'il s'agit d'une véritable filiation ou d'une simple parenté et à quel degré.
L'un des thèmes majeurs, si ce n'est le plus important, de l'œuvre de H. Hartmann est l'affirmation réitérée de l'existence dans la psyché d'une énergie neutre au service du Moi ; l'adjectif : neutre se trouvant ici défini par trois autres termes donnés comme synonymes : désexualisé, « désagressivisé », « désinstinctualisé ». A plusieurs reprises notre auteur cautionne son affirmation en citant Le Moi et le Ça (chap. III et IV) et Inhibitiony symptôme et angoisse (chap. III). Or à notre connaissance,