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Si la neutralité analytique ne s'oppose pas à ce que l'analyste puisse rire à l'occasion avec l'analysé, la bienveillance analytique ne l'incline nullement, par contre, à pleurer avec les patients qui ne s'en privent pas.
Riré ou pleurer avec quelqu'un témoigne d'une sympathie qui rend commun à l'un ce qui semblait n'appartenir qu'à l'autre. Si l'analyste peut rire mais non pleurer, c'est sans doute que la situation analytique confère au rire et aux pleurs des valeurs singulières selon qu'on considère la position relative de l'analyste ou celle de l'analysé.
L'analysé rit parfois en séances ; c'est un fait. Mais tous ses rires n'ont pas, bien sûr, même signification. Je ne me propose pas d'en traiter ici d'une manière extensive, car seul m'importe de pouvoir spécifier un certain rire qui se distingue de tout autre dans la situation analytique et qui paraît se rapporter à ce que l'on appelle la « prise de conscience ». Ce rire ne semble concerner ni l'analysé ni l'analyste seuls, mais paraît en quelque sorte les unir. Et il semble bien qu'il s'accompagne, chez l'analysé, d'un sentiment particulier de soi, semblable à celui qu'il éprouve quand s'opère en lui un mouvement d'intégration donné.
Certains patients ne rient pas. Leur analyse est triste et peut se dérouler à l'extrême sous le signe d'un déplaisir entêté. L'analyste s'éprouve sans cesse par eux impliqué, mais jamais reconnu — tendu dans une relation sadomasochiste, sans même parfois s'entendre interpeller.
Ces patients pleurent ou ne pleurent pas. Quand ils pleurent, on est plutôt enclin à considérer qu'ils pleurnichent, et la décharge qu'ils obtiennent est économiquement faible, car il leur faut sans cesse pleurnicher à nouveau. Adressés à l'analyste, nommément, ces pleurs me paraissent concerner, dans la répétition du transfert, les identifications hystériques du patient.