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Le domaine visuel semble avoir une parenté privilégiée avec la pensée exprimée à en croire la pente de la langue. Non seulement le temps s'exprime en terme d'espace, mais la perception d'un effort d'intelligence, de compréhension trouve à se verbaliser en tant que : voir, entrevoir, discerner, éclairer, se représenter. Ainsi Claude Lefort nous apprend que le titre du dernier ouvrage de Merleau-Ponty, Le visible et l'invisible, avait succédé à Être et sens ou généalogie du vrai et encore à :L'origine de la vérité.
La langue ainsi visuellement marquée a une matérialité phonético-acoustique. Elle circule en effet entre le sens auditif, dispositif spécialisé récepteur, et les appareils respiratoires et digestifs qui confluent en vocifération. Ce système assure sa régulation. Sauf surdité, tout être apporte avec lui son cylindre de cire qui auditionne sa voix et cette situation est autrement précoce que la rencontre tardive avec le miroir et l'apparition du corps propre comme image.
Je voudrais souligner l'asymétrie entre, d'une part, être voyant et visible, être touchant et touché et, d'autre part, ce monde sonore où je fais la voix qui pianote simultanément sur mes osselets et ceux d'autrui. Aucun autre sens ne me semble posséder cet alter ego dans son même organisme et là naît à chaque instant le langage que nous écoutons.
Ce sont là des évidences. Et pourtant, j'ai envie de prêter une voix au langage comme exécution, dimension si permanente que nous n'en parlons guère. En effet, relater cette partition jouée implique d'en distraire la lettre. De plus, le flux et les profondeurs de la voix nous baignent et nous imprègnent et notre possibilité d'en rendre compte n'est pas à la hauteur d'une perception sonore qui nous rend toutes sortes de services, parfois à notre insu.