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« Le suicide est l'effet d'un sentiment que nous nommerons, si vous le voulez, l'estime de soi-même pour ne pas confondre avec le mot Honneur.
« Le jour où l'homme se méprise, le jour où il se voit méprisé, le moment où la réalité de la vie est en désaccord avec ses espérances, il se tue et rend ainsi hommage à la société devant laquelle il ne veut pas rester déshabillé de ses vertus ou de sa splendeur. »
Le suicide du mélancolique, que nous nous proposons d'étudier ici, s'impose à notre attention en particulier parce que:
Il semble constituer une phase terminale quasi inéluctable de cette affection; et que
Les conditions dans lesquelles il survient surprennent quelquefois, par leur caractère insolite, les observateurs, fussent-ils des plus avertis.
Faute de place, nous renoncerons à faire précéder les remarques qui suivent par une revue critique des travaux qui ont été consacrés à ce sujet énigmatique et passionnant et nous nous limiterons à quelques considérations essentielles quant à l'orientation de cette étude.
La mélancolie est une maladie du narcissisme, disait Freud. Cette constatation nous servira de point de départ et guidera notre démarche sur un mode prévalent, sinon exclusif, qui assurera à notre argumentation une certaine homogénéité. Ayant conféré au narcissisme la dignité d'une instance et le considérant comme une dimension particulière de la psyché, nous lui accordons ici d'autant plus volontiers une certaine autonomie que la maladie, objet de nos préoccupations présentes, semble relever avant tout de sa problématique spécifique, comme nous l'indique la citation de Freud.