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« Le théâtre, qui anime des masques impersonnels, n'est accessible qu'à qui se sent assez viril pour créer la vie : un conflit de passions plus subtil que les connus ou un personnage qui soit un nouvel être. Il est admis par tous qu'Hamlet, par exemple, est plus vivant qu'un homme qui passe, car il est plus compliqué avec plus de synthèse, et même seul vivant, car il est une abstraction qui marche,
Voilà enfin traduit et présenté — admirablement par J. Starobinski — l'ouvrage de Jones sur Hamlet.
Il faut dire tout de suite que la lumineuse et profonde préface de Starobinski permet de mieux cadrer le travail de Jones. Elle en réduit la portée de sens certes, mais c'est à quoi, en fait, tout ouvrage de psychanalyse appliquée se doit tenir.
Ernest Jones est le psychanalyste que l'on sait qui n'oublie pas qu'il est aussi un « homme de culture ». Il est Anglais. Hamlet lui appartient doublement : par la langue « anglaise » et la figure théâtrale « anglaise » (pour parodier Ionesco), et par les pépites que l'investigation psychanalytique découvre, pensant par elle seule, dévoiler le mystère de l'énigmatique figure du Prince de Danemark.
Dans un Avertissement (1949), Jones explique son point de départ : une note de Freud dans la Traumdeutung. Cette note de Freud, comme toute la suite des pensées de Freud concernant l'Hamlet de Shakespeare, était, en fait, plus énigmatique et plus « inquiétante » que Jones ne l'a sans doute pensé. Mais laissons, pour le moment, cet aperĉu si fortement thématisé et enrichi par la préface. Il en sera question ultérieurement.