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Je tenterai ce soir, avec imprudence, d'aborder des problèmes essentiels ou qui m'apparaissent tels : ceux qui mettent en question le sens de notre existence. S'il est vrai, comme l'affirme Freud, que se poser de telles questions témoigne de quelque faille en nous, c'est dire aussi que l'homme n'est homme que pour autant qu'il ne cesse de se poser des questions sur le sens de sa vie — parce qu'il met en question et risque sans cesse sa vie.
Je n'ai ni la naïveté ni l'outrecuidance de croire y apporter des voies de solution. Mon intention est de poser simplement les problèmes devant vous plutôt qu'à tenter l'impossible projet de les résoudre. Je n'éviterai donc ni les obscurités, ni les confusions ; j'aurais pourtant pu m'efforcer de ramener les problèmes à des hypothèses, qui n'eussent été que des aventures, pour tenter de les fake tenir, par quelque artifice habile dont la raison est prodigue, dans une exphcation rationnelle et cohérente. J'ai cependant préféré, mais ma préférence est moins choisie que subie et commandée par la nature du sujet, de me laisser porter par le foisonnement des idées que je n'ai tenté de les ramener, et plutôt de force, à un principe d'unification intelligible pour les faire entrer vaille que vaille dans les sages catégories de la raison. Dois-je vous dire tout ce que ce travail doit à mes lectures ? Chacun en pourra reconnaître au passage les sédunentations successives. Fallait-il pour autant vous accabler de citations savantes au risque de vous faire ployer sous l'ennui ? Aussi ai-je plutôt choisi, prenant mon bien où il se trouvait, de faire cuire ce brouet à mon feu : vous ne vous en prendrez qu'à moi.