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Nous sommes loin d'avoir épuisé l'étude psychanalytique des mécanismes et des troubles de la pensée, dont la clinique des psychoses nous offre un champ d'investigation aussi vaste que divers.
Toutefois ce vaste matériel clinique se soumet à une distinction en deux catégories: les perturbations majeures et cataclysmiques des états psychotiques aigus, et les perturbations plus structurées des organisations psychotiques au long cours. Cette distinction est conforme aux données cliniques, et c'est celle que déjà Nacht et moi nous avions admise, à propos du délire, entre les états matriciels et les délires organisés.
Dans les états matriciels, qui toujours sont des états aigus, la pensée, avec l'ensemble de l'activité mentale, est massivement, radicalement perturbée. Le Moi éclaté ou englouti ne produit que des fragments désarticulés d'activité mentale. C'est à peine si le sujet continue de penser; à la limite, comme c'est le cas dans le seul état authentiquement narcissique, celui de la stupeur, le sujet ne pense pas du tout.
Toutefois, l'inhibition radicale aussi bien que l'éclatement complet de l'activité mentale constituent des faits rares, des états d'exception. Ce que l'on observe plutöt, c'est la résurgence de la pensée. Et nous avons montré que les éruptions délirantes primitives naissent de cette résurgence.
En effet, nous avons été fort loin de nous contenter de rappeler le rapprochement très classique entre le travail délirant et le travail de rêve.
Ce que nous avons montré, Nacht et moi, et que nous continuons de soutenir, c'est que l'activité mentale, le sentiment et les fonctions du Moi, tendent à se reconstituer ou à se recréer du sein des états matriciels de désinvestissement global, dans le mouvement de reconquête de la