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Pedro Luzès a réuni dans son rapport, pour le plus grand bien des congressistes, une somme importante de connaissances qu'il a ensuite discutées et synthétisées. Je lui en suis, pour ma part, très reconnaissant.
Les psychanalystes ont souvent discuté du travail du rêve et du travail du deuil. En quelque sorte Luzès a introduit dans son rapport la notion du travail de la pensée. Cependant, alors que nous n'avons aucune difficulté à considérer le rêve et le deuil comme d'honnêtes travailleurs il nous est plus difficile d'admettre cette nouvelle ouvrière, la pensée. Car celle-ci, à la différence des autres, nous la revendiquons comme résultat d'un travail personnel. En fait, Luzès a raison et nous ne sommes, quant à l'élaboration de notre pensée, ni pour plus, ni pour moins de choses que lors de la production du rêve ou lors du difficile processus qui fait suite à un deuil. La pensée considérée par le Moi comme un instrument de maîtrise est tout naturellement revendiquée par lui. En fait, cette revendication est une manifestation de surface car l'individu est relativement conscient du travail qui s'est opéré en lui avant qu'il puisse formuler sa pensée. La pensée qui est par définition le témoin d'une relation intérieure est en fait incommunicable telle quelle, tout comme le rêve, communiquée elle se métamorphose en discours ou en écrit. Lorsque nos patients nous disent: « Je viens de penser à telle chose », ils nous montrent que leur pensée nous protège d'une expression verbale spontanée qui a régressivement pris la valeur d'un acte instinctuel.
Si nous jouions le jeu social nous accepterions telle quelle l'affirmation de ce patient et nous pourrions dire à d'autres: « Voici, en telle circonstance, la pensée de M. X… » C'est à ce sujet que je proposerai à Luzès un complément à la théorie qu'il nous a exposée: la forme la plus élaborée de ce qu'on appelle en commun la pensée résulte d'une activité de groupe, activité témoignant d'une négation de bon aloi concernant le tr