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Nous avons eu l'occasion d'observer des troubles de la pensée dans le cours de l'analyse d'un homme atteint d'une névrose de dépersonnalisation, au sens précis que M. Bouvet a donné à ce terme.
M. S… nous consulte à l'âge de 34 ans. Il sourire depuis sa petite enfance — trois ans et demi, pense-t-il — de crises de « sentiment d'étrangeté » avec, de plus, l'impression de perdre complètement les commandes de sa motricité — ce qu'il appelle sa « paralysie ». Ces crises sont accompagnées d'une angoisse intense.
Il nous décrit son passé sinistre d'enfant unique livré à une mère froide et sadique qui s'amusait à le déguiser en fille et à l'humilier constamment. Son père, démissionnaire, et le plus souvent absent, n'a jamais rien fait pour le protéger. Actuellement encore, il refuse d'utiliser les avantages de sa brillante situation professionnelle pour aider son fils à trouver du travail.
Malgré ses troubles, M. S… réussit honorablement ses études secondaires. Il s'effondre brusquement dès la première année d'Université, où il ne réussira jamais à passer un examen. Il semble qu'il ait développé alors une grave inhibition intellectuelle.
Après divers essais professionnels malheureux, il trouvera enfin une intégration satisfaisante dans le fonctionnariat colonial. Seul blanc responsable d'un vaste territoire, il retrouve la capacité de penser et d'agir efficacement. Il se marie même entre deux termes, et ramène en Afrique une femme — objet parfaitement manipulable. Ses « crises » étaient devenues très rares pendant cette période de sa vie. La décolonisation brutale le rejette en métropole sans situation. Les troubles reprennent plus gravement que jamais dans un contexte dépressif. Il vient nous trouver quelques mois après son retour. Il se sentait alors incapable de travailler.
M. S… présente dès le début de son analyse une pensée extraordinairement confuse. Incapable d'exprimer ce qu'il ressent, il use de périphrases compliquées, à peine compréhensibles à cause de l'incohérence