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Je remercie Pierre Luquet de la communication si élégante qu'il a faite sur mon rapport.
Je suis d'accord, sur de nombreux détails, avec sa description de la pensée. Cependant il y a un point essentiel sur lequel je m'éloigne de lui: c'est sur le rôle qu'il attribue aux fantasmes. D'après mon point de vue, dans tout ce que le malade dit et qui paraît se référer à des faits extérieurs de nature objective, il y a des fantasmes inconscients qui sont de nature transférale. Prenons l'exemple d'une malade qui commence la séance par ces mots: « Hier, je me suis acheté une machine à laver (le linge). » L'analyste pourra penser que cette malade se plaint qu'il ne la soigne pas suffisamment et qu'elle doit se soigner ou se laver elle-même; ou alors que la malade, dans un esprit érotique ou maternel, veut nettoyer et réparer le pénis de l'analyste. L'interprétation qu'on pourra donner de cette verbalisation dépend du contexte général de la séance, mais l'analyste doit garder présent à l'esprit que les faits présentés par le malade traduisent non seulement les événements extérieurs mais aussi des pensées latentes, des fantasmes susceptibles ou non de devenir conscients. A partir des fantasmes inconscients ou conscients toute une pensée peut se structurer, atteignant même, comme je l'ai esquissé dans mon rapport, les créations scientifiques les plus complexes. La grille de Bion nous donne aussi une idée approximative de la façon dont cette structuration s'organise dans le sens d'une complexité grandissante.
Je suis d'accord avec ce que Luquet énonce sur le « but idéal » qui serait constitué par l'intégration successive des différents niveaux de pensée. Selon le niveau de la pensée (à situer, par exemple, d'après les colonnes de la « grille ») les mécanismes employés par le Moi seront différents. Si le malade ou l'analyste cherchent à résoudre un problème nouveau ou inattendu, ils se placeront respectivement, en association