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Est-ce qu'une parole peut se comprendre soi-mmême?
Mais afin qu'elle soit,
Il faut un autre qui la lise.
Il existe une manière défensive d'appliquer la règle fondamentale, c'est de l'appliquer à la lettre. Il suffit pour cela de dire avec exactitude, voire précision et minutie, tout ce qui passe par la tête sans rien omettre, au besoin même en exprimant avec la même précision et la même minutie, ses sentiments et ses affects: tel ce patient qui enchaînait chaque thème associatif en précédant ses phrases par « je suis en train de penser que… »; parfois même il ajoutait « puisque je suis obligé de tout dire, il faut que je vous dise…. » Ayant à certains moments conscience du caractère contradictoire de ses enchaînements associatifs, il ajoutait, explication ou justification, « je passe du coq à l'âne ». Quand il exprimait ses affects il insistait sur leur importance en ajoutant de façon répétitive une nuance supplémentaire à leur expression: « Je suis troublé… choqué… traumatisé… bouleversé… » Dans cette application « à la lettre » de la règle, on aura reconnu cette forme particulière d'isolation qui consiste non seulement à neutraliser les affects, mais à fermer les lacunes et les contradictions du discours, à empêcher qu'elles parlent et ainsi à empêcher que le sujet se situe par rapport à ses propres conflits: parler de « coq à l'âne » à propos de deux thèmes associatifs successifs, c'est nier qu'ils aient entre eux un lien.
Il ne suffit pas, pour interpréter cette forme de résistance, d'évoquer la maîtrise anale, le « conformisme » (Grunberger) qui consiste à identifier son propre produit avec ce qu'en attend le psychanalyste. Une telle application stricto sensu de la règle fondamentale aboutit en