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L'idée — bientôt affirmée en intention — d'écrire ces quelques pages est née tandis que je lisais dans Les Temps modernes l'article de René Leibowitz intitulé : « L'art de bien jouer du piano à propos du film d'Arthur Rubinstein, L'amour de la vie » (1). Si intéressant que soit cet article, il ne m'a probablement engagée à prendre la plume que dans la mesure où il réveillait en moi des préoccupations anciennes et où il en facilitait soudain la formulation ; en outre il prolongeait, comme pour R. Leibowitz, semble-t-il, nombre de discussions autour du film. L'on peut ainsi constater que celui-ci, quels que soient ses défauts, a suscité en tout cas des commentaires nombreux, et qui parfois vont loin, comme en témoignent les pages des Temps modernes.
Quitte à m'arrêter plus près, je voudrais livrer ici quelques réflexions à partir de l'observation suivante : j'étais en somme contente après ce spectacle. René Leibowitz, qui lui était triste, se traite de grincheux ; peut-être mon cas, en tant que psychanalyste, est-il plus grave ; n'avais-je pas été naïve, sourde ou aveugle, reniant la troisième oreille ou l'œil surnuméraire ? Avais-je le droit de me laisser prendre à cet apparent bonheur, à cette satisfaction de soimême et de la vie qu'exprime Rubinstein ? Ne devais-je pas me suspecter moi-même pour n'avoir pas essayé de percer cette cuirasse défensive d'un optimisme — presque — sans faille ? Avais-je donc renoncé à percevoir le double sens ? Voilà, entre autres, qui s'adressait au psychanalyste. A l'amateur de musique et à la — modeste — musicienne amateur maintenant : avais-je donc supporté cette exhibition d'un répertoire qui, pour être prestigieux, n'en est pas moins trop souvent proposé aux dépens d'autres œuvres ? Je me plains, comme beaucoup, de la stéréotypie des concerts publics et je trouve bon d'entendre là, dans des conditions techniques qui justifient tout à fait les critiques de Leibowitz, des morceaux que j'admire, certes, mais que j'ai tant d'autres occa