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Il fallut à Freud deux années — de 1926 à 1928 — pour rédiger cet article pourtant court, destiné à préfacer la première version allemande des Frères Karamazov. Voilà qui attire notre attention, ces lenteurs lui étant inhabituelles.
Peut-on les expliquer par des circonstances extérieures ?
Freud avait-il besoin, par exemple, d'approfondir sa connaissance de l'œuvre de Dostoïevski et de sa personnalité ? Il ne semble pas car, dès 1920, nous retrouvons tous les éléments de ses conceptions diagnostiques sur « ce maudit Russe » dans une lettre à Stefan Zweig (2).
A-t-il attendu, comme le suggère James Strachey, la publication de nouvelles de Zweig, comptant utiliser l'une d'elles à la fin de son article ? Outre le fait que la nouvelle en cause, Vingt-quatre heures de la vie d'une f emme, traite de la passion du jeu, on peut estimer qu'une référence à Zweig pouvait parfaitement se justifier dans un travail consacré à un écrivain particulièrement bien connu de lui. Cette réalité très probable ne recouvre-t-elle pas en fait une motivation plus profonde chez Freud ?
On a mis aussi en avant qu'il était difficile, voire paradoxal pour Freud, de s'intéresser à la fois à la rédaction d'un article sur le « mystique » Dostoïevski et à la préparation de L'avenir d'une illusion où il dénonce précisément l'illusion religieuse. Mais ces deux sujets ne devraient-ils pas plutôt s'étayer l'un l'autre, et la contradiction ne serait-elle pas ailleurs ?
Pouvons-nous croire enfin que l'intérêt de Freud pour cet ouvrage tomba lorsqu'il prit connaissance du travail de Iolan Neufeld sur le même sujet paru en 1923, et qu'il qualifia d'« excellent » ? Le postulat de Neufeld était que « la vie et l'œuvre de Dostoïevski, ses actes et émotions, son destin et son travail, tout est l'aboutissement de son