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Nous avons la nostalgie de la continuité perdue.
Quelle observation clinique, quelle expérience personnelle, quelle hypothèse spéculative pourrait offrir à une réflexion psychanalytique touchant l'amour une matière aussi riche et aussi propice que la Penthésilée de Kleist, cette tragédie incandescente où il a exprimé « le plus intime de lui-même — toute la douleur et la splendeur de son âme » (2), une âme presque constamment travaillée d'obsessions amoureuses et sans relâche tourmentée du désir et de l'impossibilité d'aimer ?
Une telle question pourrait, à divers titres, surprendre: inapplicabilité de la méthode associative, caractère surélaboré du matériel, si archaïque soit-il, structure et destinée pathologiques de l'auteur, teneur étrange, exceptionnelle, de l'œuvre… En fait un texte peut en dire, à sa façon, autant et parfois davantage qu'une personne, mais surtout, la morbidité ni l'excès n'empêchent, ne restreignent, ni ne faussent nécessairement la transmission d'un vécu singuher, dès lors que sa transfiguration esthétique, en même temps qu'elle ouvre de nouvelles possibilités d'interprétation, révèle les sources et les résonances universelles de ce vécu, sa portée essentielle.
Ce qu'il y a de rare chez Kleist et tout particulièrement dans Penthésilée, c'est la triple coexistence d'un drame existentiel intégralement développé, selon les exigences de sa logique interne, jusqu'au suicide et quel suicide; d'une exploitation littéraire pour ainsi dire