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Il y a 35 ans, en décembre 1925, Theodor Reik écrivait le discours que Freud l'avait chargé de prononcer, devant la Société viennoise de Psychanalyse, à la mémoire de Karl Abraham. Voici aujourd'hui, dans la Revue française de Psychanalyse, une note à l'occasion de la mort de Theodor Reik, le 31 décembre 1969. Toutes proportions gardées, le rituel se poursuit en somme, étiré, il est vrai, par la distance, le temps, le nombre : Reik, Autrichien d'origine, Américain d'adoption, est peu connu en France où on le confond souvent, sur l'énoncé de son nom, avec son presque homonyme Reich ; il a fait partie de la première génération post-freudienne, ce qui remonte, en matière d'His-toire de la psychanalyse, à la nuit des temps ; Abraham avait été son analyste et son ami, ce que Reik n'a pas été pour l'auteur de la présente note. Celle-ci risquerait ainsi de n'être que pure formalité si l'éloignement, le manque de contacts ne présentaient, en même temps que des inconvénients, quelques avantages : ils dispensent du panégyrique sur commande, du de mortuis nihil nisi bonum (Freud avait d'ailleurs félicité Reik parlant d'Abraham d'avoir su aller au-delà ; remarque ambiguë : si le discours n'était pas pure louange, c'était sans doute qu'on y percevait, plus qu'une appréciation « objective », un reste d'ambivalence transférentielle) ; en outre, ils laissent la parole à Reik lui-même, tel qu'il se dessine dans son œuvre. Les jalons marquant le cours de sa vie s'y repèrent facilement : sa naissance en Bohême, en 1888, son enfance dans la Vienne de Freud au sein d'une famille juive modeste, la mort de son père alors qu'il avait 18 ans, sa résolution, prise quelque temps après, et tenue intégralement de lire Goethe de la première à la dernière ligne, ses études de psychologie, sa rencontre avec Freud. Tout ceci vient sous sa plume sans projet autobiographique d'ailleurs ; il suffit de mettre dans l'ordre chronologique les souvenirs apparaissant dans les fragments d'auto-analyse qui ém