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Ce à quoi renvoie la notion de scène primitive paraît avoir une signification suffisamment claire pour pouvoir se définir en quelques mots dans un Vocabulaire de la psychanalyse : c'est une « scène de rapports sexuels entre les parents, observée ou supposée d'après certains indices, et fantasmée par l'enfant. Elle est généralement interprétée par celui-ci comme un acte de violence de la part du père » (2).
Examinée de plus près, cette simple définition révèle aussitôt la complexité du problème qu'elle pose. Trois questions au moins se succèdent. La scène primitive correspond-elle à une observation pouvant laisser des traces de souvenir, ou à un fantasme ? Et si elle est en tout état de cause « fantasmée », son caractère « originaire » est-il attribuable à des schèmes phylogénétiques ou ne résulte-t-il que d'une élaboration fantasmatique rétrospective ? Enfin, si telle est la place de ce fantasme originaire dans la psyché de tout individu, le complexe d'Œdipe perd-il alors, de ce fait, son statut de complexe nucléaire des névroses, d'organisateur de la vie psychique ?
On sait que la réponse des analystes varie quant aux deux premières questions et qu'elle n'est pas toujours sans ambiguïté quant à la troisième.
Dans une optique freudienne classique, on peut dire schématiquement que le fantasme de scène primitive est toujours envisagé dans un contexte œdipien. Les pulsions prégénitales peuvent y prédominer, l'opposition actif-passif peut prévaloir sur celle masculin-féminin, il reste que la scène primitive s'origine dans l'Œdipe.
Dans une perspective kleinienne, les stades précoces du complexe d'Œdipe donnent d'emblée à la scène primitive sa configuration triangulaire. On peut certes chercher à distinguer triangle préœdipien et triangle œdipien, il reste que dans une pareille perspective le complexe d'Œdipe paraît se déployer à partir de la scène primitive.