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La psychanalyste américaine Muriel M. Gardiner a connu l'Homme aux loups pendant les années trente à Vienne, où elle faisait ses études de médecine. Celui-ci lui donnait des leçons de russe et elle offrait à cet homme solitaire l'occasion de parler, de parler de psychanalyse, de ses lectures, de peinture. L'Anschluss la rejeta sur les rives d'Amérique, tandis que l'Homme aux loups poursuivait sa pénible existence dans la ville de Freud, où il tenait un emploi dans une maison d'assurances. Jusqu'à preuve du contraire, il y vit encore, ayant célébré le 6 janvier 1971 ses 84 ans (ou, selon le calendrier julien, le 24 décembre 1970). Tout au long des années Muriel M. Gardiner a gardé le contact avec l'Homme aux loups, par lettres, et en lui rendant visite lors de ses séjours en Autriche, une fois que, la guerre terminée, cela fut possible. Pendant la guerre, elle lui faisait parvenir des paquets de vivres, maintenant ainsi la tradition inaugurée par Freud, qui assura pendant six ans à l'Homme aux loups un don en espèces annuel, collecté auprès des psychanalystes de Vienne (de 1919 à 1925, environ). On le lui devait bien à cet homme qui avait tant contribué à la science psychanalytique et à qui la Révolution russe avait fait perdre patrie et fortune.
Un certain nombre des lettres de l'Homme aux loups, ou extraits de ses lettres, a été publié par les soins de Muriel M. Gardiner qui nous a également fourni des aperçus sur ses rencontres avec celui-ci. Devant les difficultés auxquelles elle se heurtait à placer Hans des revues certains articles sur des sujets psychanalytiques et philosophiques que l'Homme aux loups lui avait confiés, elle lui proposa une solution de rechange. Comme elle avait le sentiment d'échouer dans ses efforts pour se faire une idée plus nette de la vie de l'Homme aux loups à travers les écrits de Freud et de Ruth Mack Brunswick, elle lui suggéra en janvier 1957 d'écrire ses Mémoires. En réponse il lui fit parvenir un récit intitulé Comment je fus amené