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Dans la perspective du très riche rapport de M. Fain, je voudrais citer un moment de séance :
Un patient parle des problèmes à la fois matériels et affectifs que lui pose son éventuelle installation dans un studio que sa mère lui a acheté et aménagé. Et il dit : « Ce studio, c'est ma mère ; je ne veux pas l'habiter mais je ne supporterais pas l'idée que quelqu'un d'autre l'habite. Quand j'imagine… » Le ton est exclamatif, le patient congestionné se dresse à moitié sur le divan ; il enchaîne aussitôt, le temps de trois points de suspension : « L'imagination, on en crève ; imagination, mise en question, contestation, et patati et patata ; le jour de gloire est arrivé. La vie moderne abrutit les gens, on vit dans un monde qui tourne trop vite. » Le ton s'est calmé, le patient est de nouveau allongé : « Enfin, le vent se lève il faut tenter de vivre, les affaires sont les affaires et il faut que je résolve ces problèmes de studio. » Et il continue de parler sur le ton dont il est coutumier.
Que s'est-il passé ?
Dans la première partie du scénario fantasmatique dit par le patient, le processus secondaire a correctement fonctionné ; une identité de pensée est apparue là où il y avait inconsciemment identité de perception (« ce studio c'est ma mère ») ; refoulement et négation ont assuré un compromis possible à la pulsion et aux exigences du Surmoi (« je ne veux pas l'habiter »).
Ensuite le fantasme tourne mal : le discours passe au conditionnel, le tiers est évoqué mais par une forme grammaticale dont le statut est celui de l'imprécision (« quelqu'un d'autre ») et malgré, pourrait-on dire, ces tamponnements préventifs, une représentation surgit dans le conscient, probablement attirée par une trace mnésique dont l'investissement a percé le refoulement (« l'habite ») sous la forme répétée d'un jeu de mots préconscient.
Une représentation surgit mais est aussitôt suspendue (« quand j'imagine »), le discours s'interrompt un instant, l'affect redevenu libre semble faire déjà irrupt