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La formation du fantasme originaire semble bien, à la lecture de Freud, devoir être liée au temps auto-érotique de la pulsion. Pour ce qui est de la pulsion scopique, aucun doute n'est possible : si, à l'origine, elle a un objet, cet objet est une partie du corps du sujet, et un organe sexuel (1). L'indétermination d'un libellé type de fantasme tel « on regarde quelqu'un » et qui comporte la réversibilité de la place hypothétique qu'occuperait le sujet dériverait donc d'une formulation parfaitement déterminée « se regarder soi-même ». Mais dans cette formulation originaire empruntant la voix grammaticale réfléchie de laquelle procéderaient les voix active et passive, c'est le contenu qui demeure tout à fait indéterminé : le fantasme à l'état embryonnaire en quelque sorte. Sans doute conviendrait-il de dénommer alors cette forme « moyenne » plutôt que « réfléchie ». Une ambiguïté en effet naît du fait que la forme réfléchie peut impliquer une intériorisation de l'action et par conséquent le mouvement même de réduplication de l'intérieur et de l'extérieur qui rend possible la constitution du fantasme. Les rapprochements que l'on peut établir à la suite de Freud entre les destins des pulsions et les transformations grammaticales ne sont pas simples : les modes de relation du contenu et de la forme restent à déterminer.
Au temps auto-érotique lié à la voix moyenne, l'objet est perdu. Lorsqu'il est retrouvé dans le fantasme puis dans un rôle actif ou passif, c'est déjà dans une formation symbolique.
Lorsque se présente chez lui une jolie femme de trente ans amenée par son avocat parce qu'elle s'était plainte à ce dernier qu'on avait pris des photographies alors qu'elle faisait l'amour avec son amant, Freud retrace sans peine le fantasme de scène primitive (2) qu'il nomme pour la première fois « primaire » ou originaire, mais surtout il s'interroge