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Dans un article précédent (1) — en prenant pour point de départ les métaphores traditionnelles qui attribuent aux sons du langage une consistance (« consonnes dures », « consonnes molles »), un degré d'humidité (« sons mouillés »), un goût (« sons douçâtres »), un sexe (« voyelles mâles et femelles », « articulation virile ou efféminée, émasculée »), une qualité morale (prononciation « vulgaire » ou « mignarde ») — j'ai essayé d'esquisser une interprétation pulsionnelle des voyelles et des consonnes.
Cette analyse supposait la désintégration de la chaîne parlée. Je voudrais reprendre l'analyse de la parole, en faisant abstraction cette fois des sons isolés pour ne considérer que ce qui les relie, ce qui les intègre dans des unités phonétiques plus larges: l'accent, l'intonation.
L'accent, dit aussi accent d'intensité ou accent dynamique, est une mise en valeur, une mise en relief d'une syllabe (Jones, 1950, 134 ff.; Martinet, 1967, 89 f.). Dans certaines langues on distingue les mots par la mise en relief de l'une de leurs syllabes, comme c'est le cas dans les mots anglais « August » (août), august (superbe, majestueux, auguste), allemand « übersetzen » (transporter sur l'autre rive), « übersetzen » (traduire), les mots russes « duhi » (parfums) « duhi » (esprits, revenants). Dans les langues où l'accent tombe régulièrement sur une syllabe déterminée du mot, par exemple sur la première, comme en tchèque ou en hongrois, sur la dernière comme en français, il marque le début ou la fin du mot. La fonction démarcative de l'accent est particulièrement évidente dans ce cas. L'accent articule et organise la parole. Il divise la chaîne parlée continue en séquences, en « groupes rythmiques ». L'accent établit d'autre part une certaine hiérarchie sémantique dans