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L'art a donc une enfance, une enfance sexuelle, comme la première phase historique et rémanente de la sexualité infantile.
Sarah Kofman a écrit là un ouvrage important: le plus complet et le plus original sur la question des rapports — fort ambigus — entre l'art et la psychanalyse, ou plus exactement entre Freud, fondateur de la psychanalyse et l'artiste qu'il n'a pas voulu être.
C'est donc, comme nous en avertit S. Kofman, une lecture symptomale qui déchiffre le texte freudien comme un compromis, lui faisant dire plus que ce qu'il dit dans sa stricte littéralité.
Si on suivait Freud sous la ligne de ses textes, on y décèlerait sans peine la survivance, et le reliquat, de concepts, fantasmes, idéologies qui appartiennent à la pensée théologique, d'une « bonne nature » qui légifère sur les « dons » de création, sous le regard d'un Dieu qui admet ou refuse (artiste accepté — artiste « maudit »).
Mais si on décrypte, déchiffre, décode sa pratique, sa praxis — ce qu'il fait — de ce qu'il dit — ses déclarations, ses intentions — alors Freud serait un des premiers avec Nietzsche à avoir désacralisé, démythifié, démystifié l'artiste et l'ensemble du phénomène artistique.
Freud s'est servi de l'art, de ses œuvres, de ses produits, interprétés au niveau analogique de l'interprétation des rêves, pour faire valoir des paradigmes du travail de l'inconscient, puis ayant, sinon perdu la fascination pour le « créateur », du moins dé-construit le fantasme théologique qui sous-tendait cette fascination, au même titre que l'illusion théologique de la religion, il a pu reconnaître en l'artiste un « meurtrier » du père. L'art a la même racine généalogique et peut-être la même ressource pulsionnelle et sexuelle que la névrose. La sublimation et, partant, le sublime, ne sont pas des données a priori, des dons du ciel ou des communications avec lui, mais des détours du désir, de la pensée et du sens (la pensée et le sens n'étant peut-être eux-mêmes que des délais de décharge de l'activité sexu