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Madame la Presidente,
Mesdames, Messieurs,
Je commencerai par remercier nos hôtes lyonnais du grand effort qu'ils ont fait pour me permettre de prendre la parole aujourd'hui devant vous tous.
La dure réalité de la fuite du temps, perte que chaque instant de notre vie renouvelle, le psychanalyste non moins qu'un autre a tendance à la méconnaître. Ce n'est pas tant qu'il vive le présent comme la répétition inconsciente de son propre passé, mais plutôt que son présent quotidien s'écoule au contact de la répétition souvent aveugle et obstinée de ceux qui, non sans une mauvaise foi qui s'ignore, lui demandent comment sortir de cet asservissement. Et voici que cette aventure inouïe, une psychanalyse, dont l'emploi du temps fixé à l'avance n'a rien à envier à la régularité de celui d'un fonctionnaire zélé, peut s'en venir à faire partager par le psychanalyste l'illusion, solidement défendue par le patient, de l'éternelle jeunesse maintenue par la permanence du désir œdipien.
Ainsi ai-je oublié depuis longtemps ce que j'avais dans la tçte en prenant la responsabilité d'écrire un rapport sur ce thème de la réalité dans la psychanalyse. Je me rappelle seulement que telle n'était pas ma primitive intention, celle à laquelle j'avais été amenée à renoncer à la suite de la mise à l'ordre du jour du Congrès de 1968 d'une discussion sur le thème du processus analytique. Sans doute m'étais-je surtout dit : la réalité dans l'expérience psychanalytique, c'est tout, et à la fois rien, entre ce tout et ce rien il doit pouvoir se trouver matière à réflexion. La matière à réflexion, certes, ne m'a pas manqué, malheureusement celle à dispersion non plus. Tous les écrits psychanalytiques, directement ou indirectement, mettent en cause la notion de réalité. Comment donc l'aborder ? Par le biais de ses altérations ? Le champ en est large : du trop au trop peu de réalité, de son surinvestissement — interne ou externe —, de son désinvestissement par la libido, de son refoulement