You do not currently have permission to view the full text for this document. Please sign in to an account with an active subscription or contact support.
« Un air très vieux, languissant et funèbre,
qui pour moi seul a des charmes secrets !…
… Puis une dame, à sa haute fençtre,
… que dans une autre existence peut-çtre,
j'ai déjà vue… et dont je me souviens !… »
Gérard de Nerval recherchant, sous les traits énigmatiques et fugitifs d'Aurélia, la mère perdue dans les steppes lointaines, n'est-ce pas le mçme vécu manifeste et latent qu'Œdipe hésitant devant la « réalité » de la Sphinx sur le chemin de Thèbes ? Et cette énigme ne va-t-elle pas encore plus loin que ce qu'on a l'habitude de nous en dire ?
D. W. Winicott a montré que le jeu n'était ni une question de réalité psychique interne ni une question de réalité externe. De la mçme façon, la réalité pour l'analyste ne peut se concevoir dans une séparation arbitraire et insuffisante de « l'interne » et de « l'externe » mais plutôt dans une constante attention portant sur le latent significatif plutôt que sur le manifeste, évocateur, mais aussi dissimulateur, en mçme temps.
La réalité pour l'analyste, ce n'est surtout pas le perçu manifeste en soi mais essentiellement le perçu latent et ce ne pourrait çtre à la rigueur le perçu manifeste que dans la mesure seulement où ce perçu manifeste se présenterait comme signifiant d'un perçu latent. Or en cela il ne nous concernerait déjà plus en tant que manifeste mais avant tout comme détour du latent.
Dans son travail sur « l'étrangeté familière » Freud nous montre que nombre des thèmes littéraires qui nous frappent par leur allure inquiétante tirent un tel pouvoir d'une mystification de notre perception par une réalité latente autrefois consciente en nous, et que l'auteur s'arrange pour nous faire deviner sous les traits d'une réalité manifeste, actuelle, déplacée, et sans nous la laisser tout à fait reconnaître avant le terme mçme de l'ouvrage.