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Le verbe projeter, l'adjectif projectif, les substantifs projection et projet n'appartiennent pas de façon exclusive au vocabulaire psychanalytique. Celui-ci les partage avec quantité de disciplines, dont la balistique, la physique, la géométrie, l'architecture, la neurophysiologie, qui chacune lui attribuent un sens particulier. La philosophie mçme connaît, grâce à Condillac, une théorie de la projection d'après laquelle « les sensations, senties d'abord comme de simples modifications de l'état mental, sont ensuite « projetées » hors du Moi (c'est-à-dire localisées en des points de l'espace autres que ceux où se place en imagination le sujet pensant) et acquièrent alors seulement une apparence de réalité indépendante » (1). Voilà qui nous met d'emblée au cœur du problème des relations de la projection à la réalité par la médiation de l'apparence. La théorie psychanalytique, fondée sur la clinique, a acquis un droit de propriété sur le concept de projection grâce à Freud, en marquant sa spécificité. Cependant, il est regrettable que Freud ait soit abandonné le projet de clarifier ce concept, soit détruit le projet d'article qui devait figurer dans la Métapsychologie. Après Freud les contributions à la théorie de la projection n'ont pas manqué, le concept d'identification projective dominant la métapsychologie issue des travaux de M. Klein et de ses élèves, au premier rang desquels Bion. Depuis quelque temps on voit sous la plume des psychanalystes un terme qu'on croyait réservé au lexique sartrien et plus récemment encore à celui de la biologie moléculaire : le projet.
Où, comment, pourquoi la projection par rapport à ces deux notions ?
Un certain nombre de faits cliniques et théoriques doivent çtre relevés avant tout examen de la projection dans l'œuvre de Freud (2) :
La projection est liée à un mécanisme de défense primaire dont l'essentiel réside dans une activité expulsive qui consiste à rejeter au dehors (projeter = crac