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Le fait migratoire, si fréquent de nos jours, et la psychopathologie dont on l'accuse et au sujet de laquelle on a tant écrit, nous ont fait réfléchir très souvent.
La plupart des travaux que nous avons vus ont été faits à un niveau psychiatrique et ne renferment aucune explication appréciable sur la façon dont cette réalité est vécue de la part des patients qui succombent à la maladie, incapables qu'ils sont de s'adapter convenablement au nouveau milieu.
Avec l'émigration, l'émigrant perd d'un coup un grand nombre d'objets significatifs, parmi lesquels on peut distinguer : son pays avec tout le symbolisme maternel qu'il renferme, ses parents ou une partie de ces derniers, sa maison, ses amis, ses propriétés, etc. Tous ces objets ne pouvant çtre conservés que sous l'aspect d'objets internes. Il va de soi que pour qu'ils aient été bien introjectés il faut une bonne évolution préalable, ce qui ne se produit pas chez les personnes qui postérieurement tombent malades ni chez celles qui, au moment de l'émigration, sont atteintes de troubles mentaux.
D'autre part, l'expérience analytique nous montre comment les personnes bien intégrées, qui ont introjecté convenablement leurs objets primaires et par conséquent ne dépendent pas d'eux dans le monde extérieur, sont capables de bien s'adapter à un nouveau milieu et, au sein de celui-ci, après une période normale de deuil plus ou moins longue, elles s'enrichissent parfois notablement avec les nouveaux apports de toute sorte que leur offrent la nouvelle situation, la nouvelle patrie.
Ainsi donc, nous estimons que la pathologie de l'émigration est liée directement à la capacité d'élaborer le deuil pour les objets perdus en question. Cette élaboration dépend de l'élaboration préalable d'autres deuils et tout spécialement des deuils de l'enfance : pour la perte du