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Il serait d'ores et déjà intéressant de faire un recensement des livres publiés relatant une psychanalyse (le premier en date était, en France du moins, l'histoire de Catherine Crachat racontée par Pierre-Jean Jouve. Mais à l'étranger, c'est à Herman Hesse, je crois, qu'il faudrait remonter). A l'heure où la psychanalyse connaît en France la vogue que l'on sait, voilà un bon sujet de thèse ou de « maîtrise ».
Le livre de Jean Bouvier-Cavoret, La deuxième personne (l'auteur vient de faire paraître un second ouvrage dans la mçme collection : La mémoire verticale), a ceci de particulier qu'il raconte en fait une auto-analyse (que l'on devine, il est vrai — et la page de garde nous le confirme — avoir été précédée d'une analyse). Autre particularité encore : l'auteur dans un court préliminaire, qui est une sorte de profession de foi, nous assure que l'auto-analyse est « seule capable, à la faveur d'un travail d'interprétation, d'amener dans le champ de la conscience les réalités dissimulées à l'investigation de soi », et que c'est là pour lui « la vocation actuelle de la littérature ». Voilà qui intéressera ceux qui s'attachent à mesurer l'impact de la découverte freudienne sur la littérature.
Le livre de Jean Bouvier-Cavoret est d'une lecture difficile. Traversé par des évocations du deuil, de mort, de corps disloqué, il suinte l'angoisse. Le corps y joue du reste le rôle principal. Souffrant ou aimant, il est tout à la fois glacé et haletant, vertigineux et tendu. Le lecteur impatient fermera trop rapidement ce volume où surgissent pourtant, de place en place, des images étranges et poétiques qui récompenseraient son attente.