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« Je me souviens de cette paille Qu'un tendre jour m'avait cédée Un cheval âpre et décidé Qui s'en allait les yeux bandés Faire hommage de ses entrailles. »
Le sillage de passion curieuse que laissait de son vivant Lou Andreas Salome ne s'est pas effacé. Il peut paraître significatif aussi que la traduction française de sa Correspondance avec Freud s'accompagne de son Journal d'une année, année où de sa propre initiative elle rencontra Freud dont elle avait lu tous les livres : va-t-elle, dans ces textes auxquels on croit pouvoir accorder une certaine spontanéité, rendre son âme ?
Le mystère de Lou n'est-il pas le mystère de la personnalité, en ce qu'il est évident que personnalité et intelligence ne se confondent pas et à tel point que cette femme intellectuelle — et peut-être excellemment — suggère des métaphores animales, si intrépides furent sa beauté et ses désirs. Directement concernée par le génie et la créativité dans le choix qu'elle fit ou laissa faire de ses amants de tête, elle ne créa cependant rien d'autre qu'elle-même, nous faisant sans aucun doute partager l'image fantasmatique qu'elle en eut.
Lou, « au fier regard de fauve » (Peters), cette « femme en chaleur » (attribué à Nietzsche), dont on dit que Wedekind la décrivit comme un démon sexuel insatiable et destructeur, qui fut d'abord pour Rilke — mais aussi pour Freud — la « célèbre Lou Andreas-Salome », rencontra la psychanalyse alors qu'elle avait près de cinquante ans, et paraissant prendre, dans son extraordinaire disponibilité intellectuelle et affective, la mesure d'elle-même, se trouva véritablement et avec humilité un emploi, s'y fixant jusqu'à la mort.
Ces lettres et ce Journal d'une année nous acheminent non seulement dans le « dernier âge » de Lou et de Freud, mais encore nous éclairent sur la psychanalyse dans cette période où Freud sort de son isolement et fait école. Ni homme ni juive et avec la constance de son respect, Lou Andreas-Salome put