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Je voudrais brosser pour vous aujourd'hui le portrait d'un certain genre d'analysant dont j'espère que vous repèrerez des traits familiers ; peut-être même y reconnaîtrez-vous un « portrait de famille clinique ». Il s'agit d'un patient bien intentionné, plein de bonne volonté, qui se met rapidement à l'aise dans la situation analytique (que je distingue ici du processus analytique), c'est-à-dire un patient qui accepte bien le protocole analytique dans ses aspects formels. Cet analysant vient régulièrement, il arrive à l'heure, il meuble les silences de la séance d'un récit clair et continu, il vous paie le dernier jour du mois. Et c'est tout. Au bout de quelques semaines d'écoute, vous constatez que rien ne se passe, ni dans son discours, ni entre lui et vous. Aucun émoi transférentiel ne s'exprime ; les souvenirs d'enfance, qui ne manquent pas, restent néanmoins figés, divorcés du présent, dépourvus d'affect. D'ailleurs, cet analysant préfère nettement parler des événements actuels. Il vous apporte un carnet de bord de sa vie quotidienne. Sa coloration affective ne se teinte ni d'angoisse ni de dépression. Peu tendre dans ses relations (il vous dirait volontiers : « L'amour ? Ce n'est qu'un mot à cinq lettres »), il est par contre souvent en colère contre les uns et les autres ; mais il se met rarement en question lui-même. Pourtant il est loin d'être heureux ou satisfait de sa vie. Et malgré son assiduité — et la vôtre — le processus analytique ne se déclenche pas.
Vous aurez remarqué que ce patient ne ressemble pas aux « inanalysables » classiques : ceux qui ne supportent pas la frustration imposée par le protocole analytique avec son austérité habituelle, et qui prennent la fuite devant le premier éveil des émois transférentiels ; ceux qui passent aux actings, désastreux parfois pour eux-mêmes ou pour leur entourage ; ou encore, ceux qui perdent contact avec la réalité, qui fuient dans le délire. Tous ces patients-là sont, au contraire, bouleversés par l'impact d