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Le concept de psychose maniaco-dépressive est issu de la nosographie kraeplinienne. Il s'est imposé rapidement et reste aujourd'hui encore couramment utilisé par les psychiatres, mais il n'en est pas de même chez les analystes.
Cela s'explique assez bien par la méfiance que nous nous devons de garder vis-à-vis des concepts psychiatriques, surtout lorsqu'il s'agit de nosographie. La psychanalyse a fait éclater les cadres ; à la limite même elle est la condamnation d'une certaine nosographie.
Toutes les conceptions psychanalytiques vont à l'encontre d'une classification figée et rigide, de type botanique, des tableaux psychopathologiques. Ces tableaux ne sont pas des entités qui définiraient des individus. Ce ne sont que des modalités de réaction, variables dans le temps et suivant les circonstances ; elles ne s'excluent pas les unes les autres.
La psychanalyse a le grand mérite de mettre en évidence ce qui relie la psychologie normale et la psychopathologie, autant dire la continuité de tous les états psychiques.
Il pourrait sembler malvenu de revenir à une nouvelle et dangereuse classification nosographique.
C'est pourtant le propre de toute démarche scientifique, que de chercher à établir au milieu d'une foule de faits ou d'états disparates, certaines caractéristiques qui permettent de rapprocher plusieurs d'entre eux.
Ce faisant, on ne prétend pas à l'exclusivité. Une classification apparaît toujours limitante et partiale; elle n'est qu'une clef capable d'ouvrir certaines portes, elle n'est qu'un mode d'éclairage d'une réalité toujours complexe. Elle doit pouvoir sans cesse être critiquée et accepter d'autres modes d'abord que le sien.
La clinique psychiatrique a ainsi individualisé un cadre pathologique, celui de la psychose maniaco-dépressive; elle a eu naguère ses raisons de le faire ; elle a actuellement encore ses raisons de le maintenir.