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Propos en vrac pour un Colloque sur
« Les aspects pathologiques et pathogènes de la normalité »
Que pensez-vous, me demande René Diatkine, de la normalité sous ses aspects pathogènes et pathologiques. Une question provocante — d'autant plus que Diatkine est un des premiers à avoir écrit, il y a quelques années, qu'il n'existe point de structure normale de la personnalité. C'est aussi mon avis. Mais aujourd'hui, non seulement il faudrait assumer que la normalité existe, mais de plus qu'il en existe des formes diverses : la bonne normalité et la mauvaise ! Serait-elle construite d'après le modèle du sein kleinien ? Au point où je suis, peu importe. J'ai déjà du mal à me représenter ce que ce pourrait être que des normaux normaux, et voilà qu'on m'incite à penser aux normaux anormaux ! Comment donc faire ? Depuis des aimées que je ne fréquente que des analystes, comment saurais-je ce qu'est un être normal ?
Pour un analyste, parler de la normalité, c'est parler de la face obscure de la Lune. Nous pouvons l'imaginer, envoyer une fusée, prendre des clichés — mais où est-ce que cela nous mène ? Ce n'est pas notre terrain, à peine notre planète. Les névrosés avec leur dense noyau psychotique, les psychotiques avec leur bonne frange névrotique — voilà notre famille, notre milieu, là où nous parlons tous, à quelques différences de dialecte près, la même langue. Eh bien il faut quitter l'aire analytique, si confortablement anormale, et nous lancer sur les traces des normaux — pour leur expliquer combien ils sont malades. Mais il y a encore un problème. Car celui qui se nomme « normal » (et cela existe !) — que sa normalité soit pour nous, pathologie, voire même pathogénie — lui, ne veut pas de nous ! Pis, il se méfie de nous. Un peu comme le vieux paysan à qui j'offrais un jour une botte d'asperges de mon jardin