You do not currently have permission to view the full text for this document. Please sign in to an account with an active subscription or contact support.
Le contraste est frappant qui oppose l'usage courant du terme « normal » et la difficulté de lui donner une définition qui convienne justement à cet usage courant. C'est qu'en fait les normes auxquelles se réfère cet usage courant ne sont pas du tout nettement définies, qu'elles sont multiples et appartiennent à des ordres différents d'impératifs et qu'il en résulte une sorte de compromis entre des références multiples telles que la banalité de l'usage, la fréquence nettement plus grande de certains modèles, les impératifs assez rigoureusement observés du groupe social, de la morale, de la religion, ou encore pour certains la conformité à une idéologie projetant la normalité dans l'avenir ou l'utopie. Il s'agit donc d'une normalité essentiellement imprécise, empiriquement définie et constituée de manière implicite par une référence à l'amalgame que je viens d'évoquer.
Aujourd'hui nous éprouvons une grande difficulté, même une certaine répugnance à mettre en question, voire à mettre en accusation aussi bien qu'à justifier le terme « normal ». Jadis, en 1935 par exemple, on n'aurait guère pensé à le faire. Pourtant Freud avait déjà sérieusement ébranlé le mur de l' « insensé » qui opposait en psychiatrie le normal au pathologique. Malgré cela, la fermeté nosographique aidant, la psychiatrie n'en était que peu influencée, obligée qu'elle était et qu'elle est encore, en dépit des contestations que cela provoque, de s'en référer à l'adaptation sociale. La psychanalyse elle-même, dans la perspective thérapeutique qui dominait alors, s'adressant à une catégorie nosographique définie, les névroses, pouvait, dans une acception purement pratique, utiliser le terme normal. Sans dire qu'il n'en soit plus rien aujourd'hui c'est avec réserve et critique qu'elle évoque ce terme, dans une acception que des guillemets tiennent en suspens et qui semble bien être autre chose que ce à quoi vise la pratique de la cure.
La psychiatrie s'est trouvée doublement enchaînée à la notion