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Signe des temps, s'il est de nos jours un sujet tabou c'est bien celui de la normalité. L'évolution des esprits veut qu'aujourd'hui chacun revendique en la proclamant urbi et orbi sa névrose, sa perversion et, tout récemment, sa psychose. Par un chassé-croisé qui fait penser au mécanisme du double retournement, c'est le normal qui est devenu pathologique. Retournement en son contraire, passage de la maladie à la santé et vice versa. Retournement contre soi, ce n'est plus l'Autre, l'Etranger qui est aliéné, mais bien soi-même. Sur la valeur défensive de ce retournement, d'autant plus suspect qu'il est manifesté à grand bruit, il y aurait beaucoup à dire. Je me contenterai de rappeler après les ruses de la raison celles du préconscient qui cherche à se faire passer pour l'inconscient.
La psychanalyse ne peut se passer du concept de normalité si elle ne veut pas voir fondre toutes les structures en un brouet où toutes les distinctions se mêleraient en un magma informe. Mais la psychanalyse ne saurait rechercher sa définition de la normalité hors des repères et des concepts qui lui sont spécifiques. Finissons-en donc avec les structures pseudo-normales dont l'inventaire est long pour en arriver au fait. Quels sont les critères sur lesquels un psychanalyste peut se fonder pour cerner la normalité ?
Nous nous référerons à l'expérience de la cure. Ceci aura l'avantage de nous mettre d'emblée sur l'orbite qui est la nôtre. La pratique psychanalytique nous met en présence d'un fonctionnement psychique qui n'existe nulle part en dehors d'elle. Au cours de celui-ci un patient, étendu, placé hors de la vue de celui auquel il s'adresse, est invité à dire tout ce qui lui passe par l'esprit en s'abstenant de toute censure, de toute critique, de toute omission. Nous savons d'expérience que cette règle dite fondamentale, la seule qui gouverne l'analyse, est nécessairement transgressée, que le patient fasse le silence sur ce à quoi il pense, jusqu'au silence total, ou qu'il omette ce q