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L'intervention d'Evelyne Kestemberg soulignant à propos de la psychologie de l'adolescent le recoupement entre « crise actuelle de civilisation » et « crise de l'adolescence », le caractère du « normal » en tant que dénégation de l'anomalie et assurance contre la mort m'a d'une part rappelé la réflexion de Karen Horney parlant de la normalité comme d'un mécanisme de défense contre une phobie de l'anormal, d'autre part fait penser au problème de l'individu et de la société en face de l'anormal : je veux parler du refus et de l'exclusion de l'aliéné en tant que porteur de la mort de l'esprit réduite à la mort de la raison raisonnable rassurante. Je me souviens de l'angoisse dont je me défendais alors que débutant en psychiatrie je me trouvais en présence d'une malade atteinte d'une démence atrophique, une maladie de Pick évoluée, et dont le langage se réduisait strictement à un seul mot fait de deux phonèmes inlassablement répétés sur le même ton et avec la même expression crispée et inadaptée comme un sourire figé : Cre-sson — Cre-sson — Cre-sson — un mot familier à l'oreille mais dont la présence inadéquate à toute situation était pour moi l'image de la mort. Mort du langage, de la communication, et dans le même temps seul fil ténu par lequel elle semblait tenter de se rattacher à la vie, à la condition humaine dont l'essence est bien le langage. Pour moi, cette folle exprimait à travers ce son renforcé du cré (cré-nom, cré-dieu) une lutte et comme une révolte sacrée mais dérisoire, facteur d'angoisse et d'exaspération chez l'auditeur, évocatrice de la lutte absurde, délirante de l'homme s'efforçant de nier sa propre mort en devenir, nier qu'il est le porteur de la perte de sa vie, comme à travers sa compulsion répétitive elle semblait nier de façon grimaçante et grotesque la perte de son langage. Chaque fois qu'un individu manifeste, expose un tel stigmate, l'homme sain d'esprit, l'homme normal s'en détourne et s'en protège avec des moyens de défense qui bien souve