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L'ouvrage que présente le Dr Lebovici se situe dans la série de travaux qui visent à rendre accessibles au grand public les données essentielles de la psychanalyse. Ici ce sont les sentiments de culpabilité dont la genèse et le développement nous sont présentés avec la clarté d'esprit habituelle à l'auteur, et sans que rien d'essentiel soit sacrifié, dans un domaine particulièrement complexe.
Lebovici montre d'abord l'universalité du sentiment de culpabilité dans toutes les civilisations, et qui apparaît dans les mythes et les religions. Culpabilité qui naît du sentiment inconscient d'une faute originelle. La psychanalyse a montré que la culpabilité partait de cette faute imaginaire et aussi que la morale s'alimentait de ce même sentiment de culpabilité. La morale ici est ordre du Surmoi et elle s'appuie sur cette force contraignante que constitue le sentiment de culpabilité.
Etudiant successivement le développement de la culpabilité aux différents âges, l'auteur expose d'abord son apparition précoce chez l'enfant. S'appuyant notamment sur les travaux d'Abraham, de Melanie Klein, de Winnicott et de Spitz, il montre cette précocité chez le jeune enfant de l'agressivité et de la culpabilité consécutive. Précocité qui s'explique par la prématuration et l'ambivalence des désirs inconscients à l'égard du corps de la mère. La tendance au masochisme moral peut en résulter très précocement et le cas de J.-J. Rousseau érotisant la punition corporelle en est un exemple bien connu. L'amour ici ne peut suffire à débarrasser l'enfant de sa culpabilité inconsciente qui lui fait revivre génération après génération le mythe de la faute primitive. Il n'y a pas de morale sans péché ni de fonctionnement mental sans Surmoi. Et sur cette nécessité Lebovici pense que l'éducation a peu de prise.
L'adolescent, qui revit l'angoisse de la culpabilité œdipienne au moment où elle est réactivée par la maturation sexuelle, doit achever de l'assumer pleinement. Et notamment vis-à-vis de ses parents.