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Geza Roheim a beaucoup contribué à faire bénéficier l'anthropologie de l'apport de la psychanalyse. Dans ses ouvrages antérieurs (2), consacrés aux mythes et rites primitifs, il avait montré qu'on pouvait dépasser l'histoire mythique de Freud sur le meurtre du père (Totem et tabou), et que celle-ci pouvait n'être qu'évocation fantasmatique, plus que réalité vécue. Il a pu montrer à la fois l'origine et les effets de l'angoisse œdipienne, en prospecter la genèse dans la relation préœdipienne à la mère, et en montrer les manifestations dans la vie collective.
Roheim a ainsi établi par ses travaux une théorie ontogénétique de la culture, dépassant la vision phylogénétique de Freud pour qui l'ontogenèse récapitulait la phylogenèse.
Dans cet ouvrage il présente une synthèse de son expérience en montrant l'aspect régressif de la culture dans la mesure où elle est l'expression de l'angoisse infantile. Il laisse de côté les facteurs de maturation sans en nier toutefois l'importance.
Il souligne d'abord les analogies entre le névrosé et les primitifs, mais en précisant que chez le névrosé il s'agit d'une réaction individuelle, alors que chez les primitifs il s'agit de collectivité, non du primitif en tant qu'individu. Selon Roheim, les sociétés primitives sont dirigées par des névrosés (chaman, guérisseurs, sorciers) qui convertissent leur névrose en activités conformes à leurs intérêts. Ces meneurs sont soupapes de sécurité et régulateurs de la vie psychique du groupe. Ils ont souvent une habileté de « fou » pour influencer les gens. Chez les Indiens Yuma, le guérisseur est un « rêveur ». « Rêve bien » est la formule pour dire « bonne chance ». Dans toute société on peut dégager une angoisse infantile plus ou moins refoulée et jouant un rôle déterminant dans la culture. La culture est prolongation de l'enfance ou plus exactement prolongation de la situation infantile.
La diversité des cultures s'explique par la variété des mécanismes de défense contre les tensions libidinales,