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En août 1919, quelques jours après la chute de l'éphémère Commune hongroise, je rencontrai « Michi » Bâlint dans un appartement de fonction de l'Université de Budapest. De sept ans mon cadet, Bâlint travaillait alors au laboratoire de chimie de la Faculté des Sciences ; j'étais, de mon côté, assistant à l'Institut de Psychologie de l'Université. Devenus cibles des petites bandes racistes de l'organisation contre-révolutionnaire « L'Eveil hongrois », nous nous retrouvâmes à notre surprise dans ce même appartement, notre abri provisoire que nous avions gagné au pas de course, pour échapper à nos poursuivants. Réunis par un destin commun, nous nous liâmes d'amitié pendant ces heures d'angoisse et cette amitié devait durer toute notre vie. Une telle amitié, nécessairement, sortait de l'ordinaire. N'étions-nous pas logés à la même enseigne dans l'angoisse d'éviter le pire ? La pitoyable situation dans laquelle nous nous trouvions tous les deux atténuait et exaspérait à la fois l'ambivalence qui caractérise toute amitié. La peur, la communauté de notre destin, la tragédie au dehors et nos faiblesses en dedans, notre souci de vivre, tout cela nous a rendus amis pour la vie, mais aussi, par certains côtés, adversaires.
Michaer Bâlint naquit en 1896 à Budapest. Son père, le Dr Bergsmann, exerçait dans le Jôzsefvâros, quartier peuplé d'employés et de petits bourgeois. Il m'avait soigné pour une fracture du bras, alors que j'avais neuf ans. Le Dr Bergsmann se mettait facilement en colère, mais je n'ai pas eu à me plaindre de lui, il ne m'avait inspiré aucune peur. « Michi » avait une sœur, Emmi, qui faisait des études de mathématiques.
Michael Bâlint obtint son diplôme de médecin en 1920, à la Faculté de Médecine de Budapest. Son doctorat de lettres, délivré par l'Université de Berlin, date de 1924. De 1931 à 1939, Bálint dirigea l'Institut de Psychanalyse de Budapest, jusqu'au jour où, pour éviter une nouvelle série d'humiliations, il prit le chemin de l'exil. En Angleterre, il