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Présenter des travaux personnels de recherche implique la référence à un certain travail antérieur aussi bien que l'assomption du côté hasardeux et hypothétique de notions à valider, ou à infirmer, dans des travaux à venir. Il en est ainsi des réflexions que je voudrais vous soumettre ce soir, qui se tiennent à mi-chemin entre une étude de plusieurs années sur la signification inconsciente des déviations sexuelles (parmi d'autres formes de ce que j'appelle les actes-symptômes, c'est-à-dire où Vagir prend le pas sur l'élaboration fantasmatique et la formation des symptômes) et cet agir privilégié qu'est l'activité créatrice. Car une perversion sexuelle organisée, c'est une création. Le pervers, c'est celui qui a recréé la sexualité. Il y a plusieurs années que mijote dans mon esprit un travail que j'intitulai provisoirement Sublimation et perversion, en partant de l'idée théorique (suivant la conception de Freud dans les Trois essais sur la sexualité) que la définition des deux termes était, d'un certain point de vue, identique. La sublimation et la perversion ont ceci en commun : elles décrivent, toutes deux, un agir dans lequel les pulsions sexuelles sont détournées de leur but originel, ou visent un objet qui n'est plus l'objet d'origine. En outre, toutes deux concernent plus spécialement les pulsions dites « partielles » — pulsions libidinales aussi bien qu'agressives. Sans doute la différence du point de vue théorique entre la création d'une perversion et la création artistique est-elle suffisamment connue pour qu'il n'y ait guère lieu de s'y attarder — je veux dire, le fait qu'une activité dite « sublimée » est décrite comme « désexualisée » quant à son but, et qu'elle est censée viser des objets socialement valorisés. De toute évidence il n'en est rien en ce qui concerne la déviation sexuelle, qui, elle, n'est ni désexualisée, ni socialement valorisée. Au contraire, pour le profane au moins, le terme « pervers » a, en soi, quelque chose de péjoratif ; espérons