You do not currently have permission to view the full text for this document. Please sign in to an account with an active subscription or contact support.
Décédé le 5 février 1966 à Kreuzlingen, Ludwig Binswanger, psychiatre suisse, laisse une œuvre souterraine et difficile qui doit beaucoup à la psychanalyse, mais qui doit plus encore à Héraclite, Husserl et Heidegger. Sur les rapports de Ludwig Binswanger à la psychanalyse, on lira volontiers : Discours, parcours et Freud (1), témoignage d'une amitié qui dura plus d'un quart de siècle et d'une « dispute », comme l'écrit Freud à Binswanger, « qui ne s'apaisera que dans des siècles ». Dispute entre un spiritualiste hanté par la philosophie et un matérialiste sans concessions, entre un « conservateur » et un « révolutionnaire » pour reprendre les qualificatifs utilisés par Freud dans une de ses lettres à Binswanger.
L'Introduction à l'analyse existentielle (2), excellemment traduite par Mme J. Verdeaux et M. R. Kuhn, n'est pas d'un accès aisé. Cet ouvrage fondamental pour comprendre l'analyse existentielle (ou : analyse anthropolo-gique-phénoménologique) à laquelle reste attaché le nom de Ludwig Binswanger est constitué de divers essais qu'il serait vain de tenter de résumer. Il n'est, en revanche, peut-être pas inutile de rappeler brièvement ici les quatre directions ou les quatre pôles de la pensée de Binswanger dans sa relation avec Héraclite, Husserl, Heidegger et Freud.
La pensée de Binswanger débute par un dialogue avec Héraclite chez qui il trouvera une distinction très importante pour le développement de ses propres recherches, à savoir la distinction entre le monde privé de chacun et le monde commun à tous. Cette distinction recoupe celle entre rêve et éveil. Etre éveillé, être présent au monde signifient participer au monde commun à tous ; être endormi, être atteint par la maladie signifient se rétracter dans son monde strictement privé.
Binswanger poursuit son dialogue avec Freud et témoigne d'un très vif intérêt pour l'éclairage analytique ; néanmoins, il ne cessera de reprocher à Freud son « naturalisme » ; il pense que le travail du chercheur et de l'artiste